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Dépression

20 déc 2010

Dépression : à la recherche des ressources

E. Neuman
De nombreux symptômes contribuent à la définition des épisodes dépressifs majeurs : les troubles psychomoteurs, neurovégétatifs, cognitifs et les modifications de l’humeur. Parmi ces symptômes, la fatigue est présente chez plus de 70 % des patients déprimés. La fatigue dépressive représente un élément pronostic important. Elle reste présente chez plus de 60 % des sujets en rémission partielle. De plus, la réduction précoce de la fatigue sous traitement augmente la probabilité d’une rémission complète de la dépression.
La fatigue et la fatigabilité dans la dépression ont été principalement évaluées à travers l’étude des fonctions cognitives. La dépression serait associée à une diminution des ressources exécutives et attentionnelles et/ou à une difficulté à mobiliser les réserves cognitives. Les tâches automatiques, moins consommatricesde ressources cognitives sont souvent préservées dans la dépression (Jouvent, 2006).
Bases anatomofonctionnelles des désordres cognitifs et émotionnels Le développement des techniques d’imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle) a permis de préciser les bases anatomo-fonctionnelles des désordres cognitifs et émotionnels de la dépression. Dans un travail récent (Harvey et coll., 2005) des patients déprimés et des sujets contrôles ont été évalués avec l’IRMf lors d’une tâche de N-back. Les deux groupes activaient de façon croissante, en fonction du niveau de complexité, le réseau habituel de mémoire de travail (cortex pariétal, préfrontal inférieur, cingulaire antérieur et dorso-latéral). Les performances cognitives des sujets déprimés et des contrôles étaient comparables au prix cependant d’une activité accrue au niveau du cortex cingulaire antérieur et du cortex dorso-latéral préfrontal G chez les déprimés. Tout se passe comme si ces patients avaient besoin de plus de ressources cérébrales pour obtenir le même niveau de performance. D’où provient cette anomalie de l’épargne cérébrale dans la dépression ? Ce travail a fait l’hypothèse que des troubles de la coopération des structures corticales et limbiques permettraient de rendre compte des anomalies en IRMf de la dépression. Pour tester cette hypothèse, ont été aussi évaluées les désactivations cérébrales, en particulier au niveau des structures médiales préfrontales (CMPF). Comme attendu, l’augmentation de l’activité du cortex préfrontal dorso-latéral s’est accompagné d’une diminution de l’activité du CMPF proportionnelle au niveau de difficulté (1,2,3-back) chez les témoins (Mayberg, 2006). Les patients déprimés désactivaient moins le CMPF lors de la tâche de N-back. Ces désactivations anormales pourraient refléter des anomalies de la structure du CMPF (diminution de volume, de la concentration en matière grise…). Cependant, la signification comportementale (interférence émotionnelle, trouble du « filtrage émotionnel », focalisation excessive sur soi, etc.) de ces anomalies de la coopération cortico-limbique lors d’un effort cognitif reste à définir dans la dépression. Les troubles cognitifs observés lors de la phase aiguë dépressive (marqueur état) peuvent également se rencontrer chez des sujets non déprimés mais présentant un risque accru de dépression (marqueur trait). Il a ainsi été montré que des sujets vulnérables pour la dépression (scores élevés de neuroticisme et scores faibles d’extraversion) se différenciaient de sujets avec un profil inverse de personnalité au niveau du CMPF lors d’une épreuve d’induction d’une humeur triste (Keightley et coll., 2003). Ainsi, en situation de tristesse transitoire et de stress émotionnel, les sujets à risque de dépression présentaient un pattern d’activité cérébrale comparable à celui observé chez des sujets déprimés en état de tristesse chronique. La dopamine et la fatigue en première ligne ? Les travaux de neurobiologie ont essentiellement impliqué la dopamine dans la physiopathologie de la fatigabilité des patients déprimés. Des modèles animaux suggèrent que la déplétion en dopamine du nucleus accumbens diminue l’engagement de l’animal dans des tâches nécessitant un effort important. La déplétion en dopamine des structures sous-corticales s’accompagne d’une diminution de libération d’acétylcholine au niveau des structures corticales préfrontales. Les antidépresseurs avec un profil dopaminergique préférentiel (IMAO, bupropion, etc.) présenteraient une meilleure efficacité sur les symptômes de fatigue physique et cognitive de la dépression. Au total, les anomalies à l’effort de la dépression traduisent des perturbations de la coopération corticolimbique avec une implication des circuits dopaminergiques et cholinergiques. Symptômes fréquents, la fatigue et la fatigabilité dépressive constituent des cibles thérapeutiques privilégiées pour obtenir une rémission clinique et fonctionnelle de qualité. 

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